Bourron-Marlotte – Son histoire en médaillons

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Au hasard d’une promenade dans les rues du village, il suffit parfois de lever la tête pour apercevoir des témoins de l’histoire de certains de nos bâtiments. Nous prendrons ici les exemples du Café de la Paix, de l’ancien hôtel de la Renaissance et de la façade du 162 rue du général Leclerc.

Le Café de la Paix

Sous le Second Empire, à l’emplacement du Café de la Paix actuel se trouvait une modeste auberge-épicerie. Après une phase de gérance, Lucien Poinsard et son épouse achètent l’auberge en 1889 et le transforment en un hôtel de la Paix, à l’architecture actuelle. Lucien Poinsard dirige l’hôtel jusqu’au décès de son épouse, en 1919, date à laquelle il le met en gérance. L’établissement reste la propriété de la famille Poinsard jusqu’en 1933 quand i est cédé à Louis Simon, propriétaire de l’ancien hôtel de la Gaieté, qui était contigu à l’hôtel de la Paix, dans l’allée des Mathurins. C’est Louis Simon qui réunit les deux établissements, en faisant alors le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui. Dans les décennies qui s’ensuivent, l’hôtel de la Paix subit les destructions résultant des bombardements de 1944, puis passe de main en main entre plusieurs gérants et propriétaires.1

Il est donc intéressant d’observer qu’en dépit de cette histoire mouvementée, le témoignage d’une phase importante du passé de ce bâtiment ait été protégé, à savoir les initiales « LP » qui dominent la porte d’entrée. Celles-ci font bien entendu allusion au rôle joué par Lucien Poinsard, puis sa famille, pour maintenir la tradition hôtelière en ce lieu pendant près de 50 ans.


L’Hôtel de la Renaissance

L’évolution historique de ce site emblématique de Marlotte a été amplement documentée. Nous connaissons tous la célèbre auberge Antony, repaire de la bohème des artistes de la moitié du XIXe siècle et immortalisée par l’œuvre de Renoir. Faisant suite à la concurrence d’une modeste épicerie-auberge ouverte à côté par la famille Mallet vers 1860, puis par un projet immobilier ambitieux par le baron Niedermeyer, l’auberge Antony est démolie en 1881. Niedermeyer construit son « château », qui est ultérieurement acheté par les époux Mallet en 1905, acquisition qui transforme l’établissement Mallet initial en un hébergement de référence pour le sud de la forêt de Fontainebleau, attirant artistes et touristes en grands nombres à Marlotte.2

Malgré divers remaniements du bâtiment durant les dernières cinquante années, l’histoire n’a pas été totalement effacée. À preuve, le médaillon circulaire localisé sur la façade de la rue Murger. Celui-ci représente un individu chapeauté, sortant d’une couronne et brandissant un sabre. Cette représentation quelque peu surprenante et très certainement datant de la construction de ce qui fut le château Niedermeyer, n’est autre que la figuration d’une partie du blason de la famille Niedermeyer, dont la description formelle est reproduite ci-dessous.3

Sous le médaillon, une frise parcourt la façade, qui comprend des représentations de lyres, évocation vraisemblable de l’activité musicale de cette famille, qu’il s’agisse de Louis Niedermeyer (1802-1861), compositeur, professeur de piano et fondateur de l’École de musique Niedermeyer à Paris, ou de son fils Louis Alfred Niedermeyer (1838-1904), qui en fut directeur. Ce dernier fut surtout banquier, promoteur du château Niedermeyer bâti sur le site de l’auberge Antony disparue.

Moins visible, un autre médaillon est toujours présent à l’arrière du bâtiment, qui comporte les lettres A et N entrelacées, souvenir du bâtisseur et propriétaire initial, Alfred Niedermeyer. La plaque est signée E. Schopin, attestant de la provenance de l’atelier de faïencerie de Montigny-sur-Loing.

Photographie S. Péronnet

Une maison d’artistes

C’est au 162 de la rue du général Leclerc qu’il faut regarder le haut du mur latéral, au-dessus du portail, à l’intérieur de la propriété. En effet, visibles de la rue, trois médaillons, en fait des assiettes émaillées enchâssées dans l’enduit, nous rappellent qu’un peintre a habité cette demeure. Il s’agit d’Abel Orry, qui a fait l’objet d’un article il y a quelques années.4 Ce peintre, ami d’Henry Murger, a joué un rôle important pendant la période de bohème de Marlotte. Il a produit des aquarelles et des peintures à l’huile5, et a également réalisé des décorations de pièces céramiques dans l’atelier d’E Schopin, à Montigny-sur-Loing, mentionné dans la section précédente. C’est cette dernière compétence qui est illustrée par les médaillons en question. Ceux-ci représentent un ensemble floral et deux portraits de femmes de profil, sans qu’on connaisse toutefois avec certitude leur identité.

Lors de votre prochaine promenade dans les rues de Bourron-Marlotte, n’oubliez pas de lever la tête pour découvrir les témoins du riche passé de la commune … tout en regardant également où vous mettez les pieds !!


1 – Histoire de l’Hôtel de la Paix (Poinsard) par E. Daunay – Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte n°52, 2010

2 – L’hôtel Mallet (1860-1924) par N. Quénu – Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte n°65, 2023

3 – Armorial Général de Rietstag – gouda 1887 – 2e volume – Diplôme conservé à l’Académie héraldique de Munich.

4 – Abel Orry – Peintre généreux et affable, au cœur de la bohème de Marlotte par D. Ricoult – Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte n°63, 2021

5 – Voir collection de la mairie-musée de Bourron-Marlotte.