L’afflux d’artistes à Bourron-Marlotte à partir de la seconde moitié du 19e siècle a fait l’objet de très nombreuses publications.1 Nous continuons toutefois à approfondir notre connaissance de certaines maisons du village. Nous avons ainsi pu ajouter un peintre à la lignée des propriétaires de Château-Joyeux, demeure sise au 27, rue Delort.
1852 à 1856 : Louis Coignard
Le 27 juin 1852, c’est le peintre Louis Coignard qui achète une maison et dépendances situées à Marlotte commune de Bourron, rue de la Cheminée Blanche, consistant en un seul corps de bâtiment composé d’un rez-de-chaussée distribué en salle à manger, antichambre, cuisine et trois autres pièces servant à divers usages, et d’un premier distribué en chambres de maître et un atelier de peinture, et en un second distribué en chambre de domestique et un grenier. Jardin au midi de ce corps de bâtiment à la contenance de deux ares environs et diverses petites constructions se trouvant dans le jardin et droit au puits commun se trouvant sur le bord de la rue à l’est de la propriété sus-désignée. Le tout tient au nord par le corps de bâtiments et une portion du jardin à la rue de la Cheminée Blanche, …2 Cette maison appartenait au préalable à Jean Baptiste Frot et à son épouse Virginie Tholimet. Il est surprenant de lire dans le descriptif de la maison qu’un atelier de peinture existait déjà en 1852 ! Un autre peintre y aurait-il résidé auparavant ?
Louis Coignard (1812-1884) étudie à Paris dans l’atelier de François Édouard Picot. Il aborde plusieurs genres picturaux mais se spécialise dans le paysage et acquiert une certaine notoriété dans le domaine de la peinture animalière, tout particulièrement de bovins. Il débute au Salon de 1838 et expose de façon régulière par la suite. Il obtient une 3e médaille en 1846, une 1ère en 1848 et une mention en 1855.

Durant son séjour à Marlotte, il peint un tableau intitulé Écurie d’un peintre d’animaux à Marlotte faisant l’objet d’une vente à Drouot en mai 1858. D’autres titres d’œuvres reflètent également l’inspiration du peintre dans notre village : Village de Marlotte – Matinée d’automne, Troupeau de vaches au Long Rocher, Troupeau du hameau de Marlotte.
Le 29 novembre 1856, Coignard vend la maison à Pierre Henri Lachèze3, avocat et écrivain de Marlotte, qui réalise alors de nombreuses transactions immobilières.
1857 à 1861 : Charles Antiq
Le 20 avril 1857, c’est le peintre et collectionneur de faïences Charles Antiq (1824-1894) qui acquiert la maison, préalablement propriété partagée entre la famille Tholimet et Pierre Henri Lachèze. Les Amis de Bourron-Marlotte ont consacré un article à Antiq.4 Marin à l’âge de 20 ans, il explore le monde et en particulier les îles du Pacifique, dont il rapporte diverses représentations. C’est à son retour qu’il achète Château-Joyeux, qui devient son pied à terre régulier pendant une grande partie des dernières 37 années de sa vie. À la suite d’un début de cécité, Charles Antiq est contraint d’abandonner la peinture et se consacre aux faïences, dont il devient un avide collectionneur et un expert reconnu.
En 1861, Charles Antiq quitte Château-Joyeux et s’installe pour quelque temps non loin de là, au Carrefour de Marlotte.5

1861 à 1865 : Eugène Cyrille Brunet
Le 25 avril 1861, Charles Antiq vend sa maison au sculpteur Eugène Cyrille Brunet (1828-1906). Celui-ci avait auparavant déjà séjourné à Marlotte, louant la maison du 39 rue Murger. Six mois plus tard, le sculpteur épouse Caroline de Pène, rendue célèbre par son portrait réalisé par Edouard Manet durant cette période. C’est également à cette époque que Brunet recommande à son ami Jules Le Cœur, peintre et grand ami d’Auguste Renoir, d’emménager à Marlotte. Le Cœur suivra son conseil et louera Les Glycines, propriété faisant face à Château Joyeux dans la rue Delort.

Quatre années plus tard, le 4 décembre 1865, Brunet vend sa maison à Judith Charlotte Klotz, fille de Judith Minah Klotz, compagne de Charles Antiq Il est à noter que le couple Brunet emménage alors à Loctudy, en Bretagne, où leur fille âgée d’un an meurt, touchée par la foudre. Puis, en 1878, Caroline Brunet-de Pène décède à l’âge de 40 ans. Brunet retourne à Paris où il se remarie avec Sophie Perlet en 1881, qui deviendra artiste-peintre et dont la mairie-musée de Bourron-Marlotte possède deux œuvres. Cyrille Brunet et sa seconde épouse reviendront dans notre région et achèteront une maison à Sorques / Montigny-sur-Loing en 1890, qu’ils revendront en 1898.
1865 à 1894 : retour à Charles Antiq
Par suite de la transaction immobilière entre Brunet et Judith Klotz en 1865, Antiq revient à Château-Joyeux et y reste près d’une trentaine d’années.De 1865 à 1880, il occupe cette demeure avec sa compagne Judith Klotz, qui s’éteint en février de cette même année. Peu après, c’est Marie Bardinet qui s’installe à Château-Joyeux et qui partage la vie de Charles Antiq.
Le 5 décembre 1894, sentant sa mort prochaine, Antiq cède la maison à sa compagne Marie Bardinet. Il y décède deux semaines plus tard, le 19 décembre.

1894 à 1926 : Marie et Charles Bardinet
Marie Bardinet, nouvellement propriétaire de Château-Joyeux en 1894 y reste avec son fils Charles Valentin Bardinet (1881-1950), alors âgé de 13 ans. Le jeune homme développe un intérêt pour la peinture et, fervent admirateur de Puvis de Chavannes, il devient son élève. Peintre de fleurs et également paysagiste, les toiles de Bardinet sont pleines de lumière.

En 1926, la demi-sœur de Charles Bardinet, Marie Alice, acquiert Château-Joyeux de leur mère Marie Bardinet. Charles décide cependant de rester à Marlotte, où il achète une autre demeure, La Filouse, rue Palizzi.
Ce sujet fera l’objet d’une publication plus détaillée dans un prochain Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte.
1 – Bourron-Marlotte – Si les maisons racontaient … par M.C. Roesch-Lalance, 3ème édition, 2023.
2 – Archives départementales de Seine-et-Marne – Registres notariaux de Montigny-sur-Loing.
3 – Vauquer, Guillemin et Lachèze, trois générations remarquables au 19e siècle à Marlotte par D. Ricoult, Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte, n°65, 2023.
4 – Charles Claude Antiq, peintre paysagiste et grand collectionneur de faïences par J. Barré, Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte, n°64, 2022.
5 – Recensement de population de Bourron-Marlotte, 1861.