Dans notre série de documentation des peintres étrangers ayant visité Marlotte durant la deuxième moitié du 19e siècle, cet article est consacré au Suédois Oscar Törnå.
Oscar Törnå est né le 18 octobre 1842 dans une famille modeste du sud-est de la Suède. À 21 ans, il intègre l’académie royale des beaux-arts de Suède, où il est rapidement considéré comme l’un des élèves les plus prometteurs. En 1870, il reçoit une première médaille pour ses peintures de paysages. Après un bref passage à l’académie des beaux-arts de Düsseldorf, où les méthodes d’enseignement le déçoivent, c’est à Paris, en 1874, qu’il découvre et s’enthousiasme pour les peintres paysagistes français de l’époque. Durant les quatre années suivantes, il explore la nature qu’il admire, séjournant au sud de la forêt de Fontainebleau, à Grez-sur-Loing, à Marlotte, ou encore à Montigny-sur-Loing. Törnå devient alors le premier Suédois à s’inspirer de cette région, où il produit des tableaux représentant des rues de villages français, des clairières dans la forêt de Fontainebleau et les reflets des rivières sous le feuillage des arbres. Nous n’avons pas d’éléments précis quant au lieu de résidence de Törnå à Marlotte, mais il est raisonnable de penser qu’il se soit établi, comme les autres artistes de l’époque, à la célèbre auberge de la mère Antony.

Au Salon de Paris de 1877, il expose deux paysages, Bords du Loing et Environs de Grez-sur-Loing. L’un est vendu au marchand d’art Goupil, tandis que l’autre reçoit les éloges du critique d’art Duranty. Fort de ce succès, Oscar Törnå poursuit son étude de la nature bellifontaine et expose au Salon de 1878 un tableau intitulé La Gorge-aux-Loups, lieu emblématique, qu’il aura pu facilement explorer à partir de Marlotte. La Gorge-aux-Loups n’est en fait pas la seule source d’inspiration que lui procure notre village. En effet, il y peint également Forêt de Fontainebleau, La-Mare-aux-Fées, ainsi que Chemin de Marlotte, reproduit ci-dessous.

C’est toujours en 1876, alors qu’il fait un séjour de plusieurs mois dans notre contrée avec des amis peintres, qu’il représente ceux-ci à leur chevalet, pratiquant la peinture de plein-air. Des recherches plus poussées pourraient-elles permettre d’identifier les deux personnages représentés ?

Une autre scène montrant des peintres de plein-air en forêt de Fontainebleau est visible sur une belle toile, au Nationalmuseum de Stockholm, Paysage d’été près de Fontainebleau. L’endroit représenté a pu être précisément localisé par Gérard Bayle-Labouré1 : il s’agit de la route de la Grande Mare, appelée autrefois Descente du Rocher des Fées. Elle est située au nord de la Mare-aux-Fées, en bordure de la réserve biologique de la Gorge-aux-Loups, située à une petite demi-heure de marche de ce qui était alors le hameau de Marlotte.

Le séjour à Marlotte de Törnå et, de façon plus générale, ses années passées en France marquent sans doute l’apogée de sa carrière. L’étude des peintres de Fontainebleau et des œuvres de Camille Corot a déclenché chez lui une grande joie créative, lui permettant de reproduire avec sensibilité le jeu de la lumière dans le feuillage, le foisonnement des couleurs dans la verdure et le scintillement des reflets sur l’eau.2
1 – En forêt de Fontainebleau hier et aujourd’hui site Internet par Gérard Bayle-Labouré https://foret-fontainebleau.teria.fr/
2 – Wikipedia