Un mariage bien exceptionnel à Marlotte en 1810 !

(Ce sujet a été traité par H. Froment dans Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte, n°7, 1980)

Peu après qu’il ait poursuivi sa progression territoriale en Europe, l’empereur Napoléon 1er prend aussi des décision personnelles, incluant son remariage avec Marie-Louise d’Autriche les 1er et 2 avril 1810. A cette occasion, il souhaite que la France entière soit associée à ce grand événement et parmi plusieurs actions mises en place, il décide de subventionner l’union de 6000 couples dans le pays ! A cette fin, il édicte un décret le 25 mars 1810, qui stipule le domaine d’application. On peut y lire que les mariages seront célébrés le 28 avril 1810 et qu’ils le seront avec toute la solennité que les localités pourront permettre. Tous les Français devant s’empresser de donner dans cette glorieuse circonstance, à leur illustre et bien-aimé souverain, à son auguste Épouse, des témoignages d’amour, de reconnaissance et d’allégresse, il sera célébré le même jour, dans toutes les Communes, des Fêtes qui seront l’expression de ces sentiments. On y réunira des jeux, des illuminations, des danses, ou d’autres amusements qui fourniront au peuple des occasions de faire éclater sa joie, et de prendre part à la satisfaction générale.L’extrait du décret ci-dessus omet de mentionner un élément qui aura pourtant très certainement retenu l’attention des jeunes mariés, à savoir une dot de 600 francs1 qu’ils recevront de l’état !

Le Conseil Municipal de Bourron, sous l’autorité préfectorale, se livre donc à l’identification d’un couple répondant aux critères établis, le futur marié devant avoir mené au moins une campagne militaire et avoir eu un comportement irréprochable, et la future épouse devant être non mariée et jouissant de la meilleure réputation.

Le choix des heureux bénéficiaires

Après la très sérieuse discussion du Conseil Communal, le choix tomba sur Jean Baptiste Chenoy et Marie Catherine Renoux.

Jean Baptiste répondait au critère militaire, étant ancien Chasseur à Cheval des Armées de sa Majesté et nous ne pouvons que supposer que l’exemplarité de son service aura pleinement rempli l’attente impériale. Il est né le 17 janvier 1782 à Bourron, dans une famille de vignerons de père en fils depuis déjà un siècle.

Marie Catherine Renoux est elle aussi native de Bourron-Marlotte, où elle a vu le jour le 25 janvier 1783, également descendante de plusieurs générations de vignerons.

Le grand jour

Il est indéniable que le 28 mars 1810 est un jour exceptionnel pour la petite communauté de Bourron, dont la grande majorité des habitants participe vraisemblablement à l’union de deux des enfants du village ! En fait, le caractère unique de l’occasion est même partagé avec les villages voisins. Commencée très tôt le matin et finie tard dans la soirée, la fête a sans nul doute été orchestrée dans tous ses détails et l’événement est de ce fait apprécié de tous ! Le plus fidèle compte-rendu en est assurément le procès-verbal dressé par le conseil communal et signé par le Marquis de Montgon, maire de l’époque, et que nous reproduisons fidèlement ci-dessous2 :

Nous les avons ensuite conduits à l’Eglise dans le même cortège, où Monsieur le curé desservant est venu les recevoir processionnellement, pour les introduire dans le chœur où on leur avait préparé des chaises ; il a été chanté une grande Messe, suivie du Veni Creator. Le mariage religieux a été fait, le poêle tenu par nous et par notre adjoint. En sortant de l’église et au milieu d’une foule considérable, qui paraissait partager leur bonheur, ils ont été reconduits à Marlotte par notre Adjoint et avec le même cortège.

À trois heures après-midi les danses ont commencé, [puis] les courses de jeunes garçons et de jeunes filles, auxquels il a été distribué des prix.

Tous les villages voisins étaient réunis à Bourron et la joie la plus vive a présidé à cette fête qui s’est passée dans l’ordre le plus parfait et pendant le cours de laquelle il a été distribué à tous ceux qui se sont présentés du pain et du vin. La fête n’a fini qu’à dix heures du soir, et nous pouvons certifier à Mr. le Préfet qu’elle a été fort agréable pour ses acteurs et spectateurs, et que tous les frais qu’elle a occasionnés ne se sont montés qu’à la somme de cent vingt-deux francs, que nous prendrons comme vous nous l’avez prescrit sur les fonds disponibles de l’an 1810. De tout quoi avons rédigé le présent procès-verbal.

Seconde et ultime reconnaissance de l’Empereur

Marie Catherine s’éteint à Marlotte, le 26 février 1853. Son mari décède le 4 mai 1860, âgé de 78 ans, à l’Hôtel Impérial des Invalides, à Paris5 6. Sa présence dans cette institution a ainsi constitué le second support impérial, reconnaissant l’implication de Jean Baptiste Chenoy, enfant de Marlotte, dans les guerres napoléoniennes !


1 – Le taux de conversion du franc de l’époque est de 2,40 Euros. Pour référence, un kilo de pain de 1ère qualité coûtait alors 30 centimes et la volaille environ 50 centimes.

2 – Archives de la mairie de Bourron-Marlotte – Délibération communale du 24 avril 1810

3 – Tambours

4 – Le décret du 12 novembre 1806 réaffirmait l’obligation de tous les Français âgés de 20 à 60 ans d’effectuer le service de la garde nationale

5 – Archives numérisées de Paris – 7ème arrondissement

6 – Sous l’Empire -1er et 2nd-, l’Hôtel Impérial des Invalides gagna en importance et en prestige, accueillant les nombreux vétérans des guerres napoléoniennes comme « les plus chers enfants de la Patrie » et bénéficiant de l’attachement de l’empereur.