Toute découverte de Bourron-Marlotte comprend bien entendu l’iconique rue Murger, mais une modeste voie latérale attire tout autant l’œil du visiteur sensible aux perspectives artistiques, en l’occurrence le chemin des Trembleaux. Ce passage, ouvert entre deux propriétés historiques du village, permettait depuis des temps immémoriaux de s’enfoncer dans la forêt et d’accéder aux carrières de grès du secteur. L’importance de ce chemin était tel qu’il fut pavé par la mairie et la famille Lachèze.[1] Aujourd’hui, en toute saison et à toute heure, ce sillon enchâssé entre deux vieux murs de pierres, se pare de lumières et de couleurs propices à la photographie.
En fait, dès le 19e siècle, les peintres de passage à Bourron-Marlotte ont régulièrement choisi le chemin des Trembleaux comme motif pour leurs toiles. Les catalogues de peinture font de fait référence à plusieurs artistes ayant posé leur chevalet aux Trembleaux, zone forestière toutefois plus étendue que le chemin de pierre du village. Ces œuvres pourront faire l’objet d’une recherche future, mais nous nous focaliserons ici sur la voie pavée mentionnée ci-dessus et quelques exemples de sa représentation.

Le beau pastel qui suit est l’œuvre d’une résidente du village, amie du peintre Armand Charnay et de l’architecte Alphonse Léger, qui avait choisi la rue Allongé toute proche pour sa demeure. Il s’agit d’Hélène Maréchal (1863-1944)[2], qui représente ici le chemin en début d’automne, tel que nous pouvons toujours le voir aujourd’hui. Il constitue une illustration forte de la protection de notre patrimoine, dans ce cas depuis le pavage réalisé en 1843 et la pose des chasse-roues latéraux.

Le second exemple nous est fourni par Frederick Goldie (1870-1947), peintre néo-zélandais, qui au cours d’un séjour à Paris en 1894 fit une excursion à Bourron-Marlotte, au cours de laquelle il immortalisa quelques sites du village, dont le chemin des Trembleaux. Son tableau est lumineux et, bien que les éléments architecturaux du lieu soient dument représentés, Goldie choisit une perspective bien plus étroite et encaissée que celle d’Hélène Maréchal. Comme nous l’avons expliqué dans un autre article, Goldie retourna dans son pays d’origine pour devenir un peintre célèbre des visages tatoués de chefs Maoris devenus ses amis.
Gabriel Vaillant (1882-1945) est né dans une famille de peintres en bâtiments, mais son intérêt pour le dessin devient rapidement évident, au point où son père est favorable à une formation dans ce domaine artistique. Gabriel est alors élève de J. Lefèbvre et H. Harpignies et développe une admiration pour Corot. Il se marie avec Suzanne Saunier, elle-même peintre et musicienne, et fille du peintre Octave Saunier. Elle est surtout connue pour ses actions durant la Seconde Guerre mondiale, facilitant la protection d’enfants juifs dans notre village. Plusieurs œuvres de Gabriel Vaillant (qui signe souvent G. Vaillant-Saunier) sont visibles à la mairie-musée de Bourron-Marlotte. Contrairement aux exemples précédents, Vaillant-Saunier a choisi une perspective descendante du chemin des Trembeaux, plaçant son chevalet à la lisière de la forêt et faisant face au croisement avec la rue Murger.


C’est vraisemblablement le secteur du chemin où Gabriel Vaillant-Saunier s’est installé pour peindre l’œuvre ci-dessus qu’un autre peintre a choisi pour une peinture récemment donnée à la Mairie-Musée de Bourron-Marlotte. Ici, l’artiste tourne le dos au village et nous montre le chemin qui s’apprête à tourner et à s’enfoncer dans la forêt. Cet artiste est Marcel Peigné (1887-1963). Bien que n’ayant pas eu de formation artistique formelle, il côtoie les artistes alors qu’il est tenancier du Bon Coin dans les années 1930, auberge disparue de Marlotte. C’est ainsi qu’il devient l’ami du peintre Emile Aurèche, avec qui il cosigne une grande huile sur toile montrant la Mare-aux-Fées et faisant partie de la collection de la Mairie-Musée de Bourron-Marlotte.

Nous terminerons ce court article en soulignant que le chemin des Trembleaux n’a pas été le seul apanage des peintres et qu’il a également attiré la convoitise d’autres artistes, en particulier dans l’espace cinématographique. C’est ainsi que Jean Renoir choisit cet endroit emblématique, en bordure de sa demeure marlottine, pour quelques scènes de son premier long-métrage, La fille de l’eau.

Nul doute que le chemin des Trembleaux continuera à attiser l’intérêt des visiteurs sensibles à son cadre unique et changeant au fil des saisons …
[1] Vauquer, Guillemin, Lachèze – Trois générations remarquables du 19e siècle à Marlotte, 2023, Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte, n°65, p.21
[2] Bourron-Marlotte – Si les maisons racontaient Marie-Claude Roesch-Lalance, 2023, Ed. Amis de Bourron-Marlotte