
Comme le voulait la coutume de l’époque, les inhumations des défunts du village étaient effectuées, pour la plupart autour de l’église, ou à l’intérieur de l’église pour les paroissiens les plus fortunés1. Toutefois, le 23 juin 1844, le maire et son équipe municipale décident d’acheter un terrain pour le nouveau cimetière, qui deviendra disponible en novembre de la même année (il s’agit de la partie ancienne du cimetière actuel). Les sépultures sont donc progressivement transférées dans ce nouveau lieu de recueillement, alors que des travaux d’assainissement sont effectués autour de l’église. Seules restent alors les tombes de la famille Montgon, qui sont finalement relocalisées dans le « nouveau » cimetière le 17 juin 18542.
Il est donc surprenant de voir aujourd’hui une unique stèle funéraire enchâssée dans le mur du chevet de l’église, suggérant une sépulture ayant été préservée des actions mentionnées ci-dessus.
Les inscriptions subsistant sur cette stèle sont, par ailleurs et de façon surprenante, encore très lisibles :
ICI REPOSE
Sur les restes mortels de son père
Catherine Firmine GATELLIER
femme MARCHAND
Décédée le 27 juin 1844 à l’âge de 49 ans
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Elle emporte les regrets de toute sa famille et de tous ceux (illisible)
Qui était donc Catherine Gatellier ? Pourquoi sa sépulture a été préservée à l’église ? La qualité des inscriptions suggère-t-elle que celles-ci ont été regravées de façon relativement récente ?

Catherine Firmine Gatellier
Sa naissance a lieu le 11 septembre 1794 (25 fructidor an 2) à Bourron. Son père, Louis Gatellier, est vigneron.
Le 4 février 1823, elle épouse à Bourron Jacques Joseph Marchand, cultivateur à Marlotte, âgé de 27 ans. Un fils prénommé Alexandre Joseph voit le jour le 26 octobre de cette même année. Il est intéressant de noter que dans l’acte de naissance correspondant, le prénom de la mère apparaît comme « Catherine Elisabeth », où « Elisabeth » est raturé et remplacé en renvoi par « Firmine ».

Le 20 juin 1844 « Firmine Elisabeth est décédée à 7 heures du soir, en son domicile de Marlotte ». Des notes généalogiques de la famille Marchand3 apportent des éléments sur le contexte de ce décès : « En 1844, un incendie qui avait pris dans la voiture de marché remisée sous le portail, brûle tous les bâtiments longeant la rue, alors que l’assurance n’avait pas été renouvelée : notre grand-mère, Firmine Gatellier, réveillée au milieu de la nuit, en éprouve un saisissement qui contribue à sa mort. »
Sur les trois actes d’état-civil, les prénoms de « Firmine Elisabeth » sont inscrits, mais il y a peu de doute qu’il s’agit bien de « Catherine Firmine » mentionnée sur la stèle de l’église. En effet, il n’y a pas trace de naissance d’un autre enfant Gatellier en juin 1794 dans les registres de Bourron, ni d’un autre décès sous ce nom en juin 1844. Tel que suggéré sur l’acte de naissance de leur enfant, « Catherine » était probablement le prénom usuel de la défunte. Une erreur de transcription lors d’un regravage éventuel de la stèle pourrait également expliquer l’écart entre la date de décès gravée (27 juin) et celle enregistrée à l’état civil de Bourron (20 juin).
Par ailleurs, si on en croit l’inscription de la stèle funéraire, Firmine Elisabeth reposerait aux côtés de son père, Louis Gatellier, décédé le 11 février 1825 à Bourron.
Catherine Gatellier, femme du maire
Comme nous l‘avons vu plus haut, en 1823, Catherine Gatellier a épousé Jacques Joseph Marchand, alors cultivateur. Il devient maire de la commune en 1837, à l’âge de 40 ans, et occupera cette fonction jusqu’en 1846. A cette époque, Jacques Marchand et sa femme habitent au 158, rue du général Leclerc. Quelques années plus tard, redeviendra adjoint au maire, de janvier 1852 à juillet 1854. Le document mentionné plus haut3 apporte des informations additionnelles sur les mandats de Jacques Joseph Marchand au conseil municipal : « Le 27 Juin 1844, son fils Joseph-Alexandre tire au sort et amène un mauvais numéro, ce qui oblige à le racheter. Jacques-Joseph, accablé, donne sa démission de maire ; nous le retrouvons adjoint en 1852, alors que M. le baron de Brandois est maire. (Monsieur le baron de Brandois n’aurait accepté la mairie qu’à la condition que M. Marchand serait son adjoint.) »
Dans le contexte de cet article, notons que c’est pendant le mandat de maire de Jacques Marchand que la décision est prise d’acquérir un terrain pour déplacer l’espace communal dédié aux inhumations, de l’église au cimetière actuel. De façon fortuite, cette décision est prise trois jours après le décès de sa femme… Le rôle de Jacques Marchand comme maire, puis comme conseiller municipal pendant les années qui suivront, a-t-il pu influencer la décision de ne pas déplacer la sépulture de sa femme ?
1 – Personnalités artistiques ou apparentées, inhumées au « vieux cimetière » de Bourron-Marlotte par F. Cantonnet, Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte n°54, 2012.
2 – Site Internet des Amis de Bourron-Marlotte : https://amisdebourronmarlotte.fr/sujet/un-pan-dhistoire-au-cimetiere-de-bourron-marlotte-les-familles-varennes-et-montgon/
3 – Notes généalogiques sur la famille Marchand par Paul Joseph Alexandre Marchand ; publiées en 1917 par l’imprimerie nemourienne Henri Bouloy.