Nous avons déjà documenté la présence de peintres norvégiens à Bourron-Marlotte, en l’occurrence Erik Werenskiold et Christian Skredsvieg.1 Cet article apporte quelques éléments sur la présence dans notre village d’un autre Norvégien, Edvard Diriks.
Biographie de Diriks
Karl Edvard Diriks est né à Christiania (ancienne appellation d’Oslo) en 1855. Il partage les bancs du lycée Aars & Voss avec Erik Werenskiold.2 La proximité de ces deux camarades n’est certainement pas étrangère à l’intérêt alors croissant de Diriks pour le dessin et la peinture. En 1874, alors qu’il étudie l’architecture à Karlsruhe, il fait la connaissance des peintres concitoyens Krohg3, Gude4 et Thaulow5. Peu après, il est brièvement élève à l’Académie des beaux-arts de Berlin, et c’est en 1877 qu’il devient réellement peintre, exposant ses premières œuvres en 1879, à Christiania et à Munich. Installé à Christiania, il devient pendant de nombreuses années un fidèle portraitiste de sa ville natale et de ses environs. Ses tableaux de l’époque témoignent de la sensibilité de l’architecte pour les bâtiments anciens de la ville, qu’il décrit avec précision.
En 1882, il fait son premier voyage à Paris, où il découvre l’impressionnisme et est profondément marqué par la grande exposition de Monet en mars 1883.6 C’est grâce à son tableau La Rue de Rome, représentation vivante de la circulation parisienne dans l’esprit de Monet, qu’il est admis au Salon de 1883. De retour en Norvège, il développe les larges coups de pinceau libres et la palette chromatique caractéristique qui allaient marquer sa période française ultérieure.

En 1892, il épouse Anna Westerberg, sculptrice et peintre de vitraux d’origine suédoise. Trois ans plus tard, le couple entreprend un long voyage qui les mène, outre Paris, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Autriche. En 1899, ils décident de s’établir définitivement à Paris où Diriks organise immédiatement sa première exposition et se fait rapidement une place dans le milieu artistique français. Son ami, le poète Paul Fort, affirmait : C’est Moréas, Edvard Diriks et moi qui avons créé Montparnasse, alors considéré comme le lieu de prédilection des jeunes artistes radicaux.7 Durant les années qui suivent, il expose régulièrement dans les Salons parisiens : Salon des Indépendants, Salon des Beaux-Arts, Salon d’Automne, et son domicile devient un lieu de rencontre pour de nombreux artistes étrangers, dont Picasso et Modigliani. Un banquet organisé en son honneur par ses amis artistes en 1907 est une belle démonstration de la gloire qu’il avait acquise en France.8

Il effectue un long séjour en Norvège en 1909 et 1910, durant lequel il se concentre sur la représentation des hivers nordiques : congères, vents hurlants, fumée des vapeurs des bateaux à vapeur s’élevant dans les rafales et embarcations chavirant en mer. De retour à Paris et pendant les années de guerre, Diriks séjourne principalement dans la capitale, mais peint aussi en Normandie (1917) et près des côtes méditerranéennes espagnoles (1918).
En 1921 Edvard et Anna Diriks retournent en Norvège et s’installent définitivement à Drøbak, petite ville située sur les bords du fjord d’Oslo.9
Diriks à Marlotte
Étant donné les 22 années passées en France et son attrait pour les tendances naturalistes et impressionnistes, il n’est pas surprenant que Diriks ait fait un pèlerinage dans les hauts-lieux artistiques de la région bellifontaine, dont Marlotte ! Il a d’ailleurs laissé plusieurs toiles peintes dans notre commune, dont les exemples présentés ci-dessous. Son appellation de dramaturge des paysages et de peintre des beaux ciels de turquoise et d’argent, poussés par le vent prend toute sa dimension dans deux des tableaux ci-dessous. Ces paysages sont étudiés par cet homme du Nord avec une cordialité émue, et toujours cette puissance, cette noblesse robuste qu’il ne peut s’empêcher de mettre en toutes choses.10



Edvard Diriks s’est éteint en Norvège en 1930, à l’âge de 75 ans.
1 – Werenskiold et Skredsvieg, deux peintres norvégiens à Marlotte par D.Ricoult, Bulletin des Amis de Bourron-Marlotte n°65, 2023.
2 – Communication personnelle de Marit Werenskiold.
3 – Christian Krohg (1852-1925) – Peintre et écrivain norvégien. À Paris de 1881 à 1882, puis de 1901 à 1909.
4 – Hans Gude (1825-1903) – Peintre, figure majeure du romantisme norvégien.
5 – Frits Thaulow (1847-1906) – Peintre associé au réalisme. Un des artistes norvégiens les plus célèbres du XIXe siècle.
6 – Chronique des arts et de la curiosité, 1899.
7 – Edvard Diriks : Un Viking sur Montparnasse par Øystein Sjåstad, 2018.
8 – Gil Blas – 23 juin 1907.
9 – Informations extraites d’un article sur Edvard Diriks dans l’Encyclopédie des artistes norvégiens, volumes I à IV, publiée entre 1982 et 1986.
10 – Comoedia – 4 décembre 1909.